Introduction
Les pathologies bucco-dentaires représentent un enjeu majeur de santé publique car elles touchent une majorité de la population. Elles sont un marqueur avéré des inégalités sociales de santé et ont des répercussions majeures sur la santé générale, alors même qu’il s’agit pour la plupart, de pathologies évitables par des mesures de prévention. Ces affections comprennent une variété de problèmes tels que les caries dentaires, les maladies parodontales (gingivites et periodontites), les infections buccales, et les traumatismes dentaires.
La majorité de la population est concernée par les pathologies bucco-dentaires
Concernant les adultes, 33 à 50% présentent au moins une dent cariée à traiter et un tiers souffrent d’érosion dentaire. La moitié des plus de 35 ans présente un problème parodontal (affection des gencives) avec, dans 10% des cas, une forme sévère de la maladie. La présence de caries non traitées chez les adultes peut entraîner des douleurs, des infections plus graves, des difficultés à s’alimenter et une diminution de la qualité de vie. L’érosion dentaire, qui est l’usure de l’émail des dents due à l’acidité, peut rendre les dents sensibles et vulnérables aux caries. Les maladies parodontales, qui affectent les tissus de soutien des dents, peuvent entraîner le déchaussement et la perte des dents si elles ne sont pas traitées.
Concernant les enfants, 11% des enfants de grande section de maternelle et 12% des élèves de CM2 ont au moins une dent cariée non soignée. Plus d’un tiers des élèves de 3ème porte un appareil dentaire. Les caries non soignées chez les enfants peuvent perturber leur alimentation, leur sommeil, leur apprentissage et leur estime de soi, et peuvent également avoir des conséquences à long terme sur leur santé bucco-dentaire.

Une bonne hygiène bucco-dentaire et des visites régulières chez le dentiste sont essentielles pour prévenir les pathologies.
La santé bucco-dentaire est révélatrice des inégalités sociales et de santé
Ces inégalités existent dès le plus jeune âge. En grande section de maternelle (GSM), 92% des enfants de cadres sont indemnes de caries contre 70% pour les enfants d’ouvriers. Toujours en grande section de maternelle, 23% des enfants d’ouvriers ont au moins une carie non soignée contre 4% des enfants de cadre. En 3ème, 5% des enfants de cadres ont des dents cariées non soignées contre 14% des enfants d’ouvriers. Ces inégalités se manifestent par des différences significatives dans la prévalence des caries et l’accès aux soins dentaires entre les enfants de différents milieux socio-économiques.
À 5-6 ans, le brossage des dents plusieurs fois par jour est plus fréquent pour les enfants de cadres (60%) que pour les enfants d’ouvriers (47%). C’est également le cas en CM2 où 79% des enfants de cadres déclarent se brosser les dents plusieurs fois par jour contre 71% pour les enfants d’ouvriers. Un brossage des dents régulier et efficace est essentiel pour éliminer la plaque dentaire et prévenir les caries et les maladies parodontales.
Par ailleurs, les consultations préventives à 5-6 ans représentent 81% des consultations des enfants de cadres contre 48% pour les enfants d’ouvriers. Les consultations dentaires régulières permettent de détecter et de traiter les problèmes bucco-dentaires à un stade précoce, et de bénéficier de conseils personnalisés en matière de prévention.
En Île-de-France, la proportion des enfants de GSM ayant des dents cariées non traitées atteint 17,6% en zone d’éducation prioritaire (ZEP) contre 7,3% hors-ZEP. Et, dans les territoires classés zones urbaines sensibles (ZUS), près de la moitié des élèves (44,7%) de CM2 ont au moins une dent cariée non traitée.
La santé bucco-dentaire révèle de fortes inégalités sociales dès l’enfance, avec des écarts marqués entre les enfants de cadres et d’ouvriers.

Pas de bonne santé sans bonne santé bucco-dentaire
L’OMS a récemment rappelé qu’une mauvaise santé bucco-dentaire est un facteur non négligeable de maladie en général. L’Organisation Mondiale de la Santé souligne l’importance de la santé bucco-dentaire en tant que composante intégrante de la santé générale et du bien-être.
Outre la douleur et l’inconfort générés, les foyers infectieux bucco-dentaires (notamment les parodontites)
sont des facteurs d’apparition, de déséquilibre ou d’aggravation de certaines maladies générales : maladies cardiovasculaires (infarctus du myocarde, accident vasculaire ischémique, endocardite infectieuse, diabète, polyarthrite rhumatoïde, BPCO, etc…). Ces infections peuvent se propager à d’autres parties du corps et contribuer au développement ou à l’aggravation de maladies systémiques. Les bactéries présentes dans la bouche peuvent pénétrer dans la circulation sanguine et favoriser la formation de caillots sanguins, augmentant ainsi le risque de maladies cardiovasculaires. Les maladies parodontales peuvent rendre le contrôle de la glycémie plus difficile chez les personnes atteintes de diabète, et le diabète peut à son tour augmenter le risque de maladies parodontales. Les foyers infectieux bucco-dentaires peuvent également retarder la mise en œuvre de traitements médicaux (certaines chimiothérapies, immunosuppresseurs, bisphosphonates, etc.) ou de certaines interventions chirurgicales programmées comme la pose d’une prothèse orthopédique. Une mauvaise santé orale peut également avoir des répercussions sur la grossesse (risque de prématurité ou de pré-éclampsie), sur la nutrition (risques de dénutrition chez les personnes âgées), mais aussi sur le bien-être et la qualité de vie quotidienne. Les infections bucco-dentaires pendant la grossesse peuvent augmenter le risque de complications telles que l’accouchement prématuré et la pré-éclampsie. Les problèmes bucco-dentaires peuvent rendre la mastication difficile, ce qui peut entraîner des carences nutritionnelles, en particulier chez les personnes âgées.
Les douleurs dentaires, les infections buccales et la perte de dents peuvent avoir un impact négatif sur le bien-être physique, émotionnel et social, et peuvent affecter la capacité à manger, à parler et à sourire.
